Odile Haumonté nous parle de son dernier ouvrage : 9 jours avec le pape Benoît XVI

Éditions des Béatitudes : Nous avons l’habitude de prier des personnes canonisées. Or, Benoît XVI ne l’est pas. Pourquoi alors écrire et proposer cette neuvaine ?

C’est vrai que l’Église dans sa sagesse nous donne comme modèles et intercesseurs des personnes qu’elle a elle-même élevées au rang de saints ou de bienheureux après un long processus de vérification de leur vie, de leurs actes, de leurs écrits. Cela ne veut pas dire qu’elle nous interdit de prier des gens qui ne sont pas encore canonisés officiellement, mais qui sont saints à nos yeux. Pensons par exemple à une grand-mère, une marraine ou un papa qui sont déjà au Ciel et dont nous sentons la protection et la prière sur notre famille. Car c’est un double mouvement d’amour : nous prions la personne – c’est-à-dire que nous lui demandons de prier pour nous – et nous prions pour elle !

Le pape émérite Benoît XVI n’a pas eu la popularité de saint Jean-Paul II ni l’audace missionnaire du pape François, mais il a eu le courage de la vérité. Lui qui invitait les chrétiens à être « des foyers de lumière pour notre temps » continue à intercéder pour nous : il veut que nous soyons des témoins de l’Évangile, des apôtres de la vérité. Or, il n’y a qu’une vérité et ce n’est pas un dogme, c’est une Personne : « Je suis le chemin, la vérité et la vie », nous dit Jésus (Jn 14, 6).

 

Éditions des Béatitudes : Sa personnalité a engendré des clivages assez importants. Pourquoi, selon vous ?

Celui qui proclame la vérité à temps et à contretemps, depuis les Prophètes de l’Ancien Testament jusqu’aux martyrs d’aujourd’hui, dérange ! On veut faire taire sa voix qui vient titiller notre conscience, comme Hérode qui écoutait prêcher saint Jean-Baptiste « avec plaisir », mais qui le tua tout de même à la demande de son entourage (Mc 6).

« Aujourd’hui, nous dit Benoît XVI, nous n’osons plus croire à la vérité ou parler de la vérité » (homélie du 2/09/12). Et pourtant, « ce n’est que dans la vérité que l’amour resplendit » (Caritas in Veritate). Il ne craignit pas de se faire des ennemis – et il s’en fit beaucoup ! – en œuvrant autour de lui pour la lumière et la vérité. Il ouvrit des dossiers délicats afin de les mener à bien (les intégristes, les théologiens, les abus sexuels…).

Paradoxalement, au milieu de tant d’oppositions et de critiques, Benoît XVI fut un pape de l’unité : il voulait aller chercher les brebis perdues de l’Église, répondant ainsi au désir de Jésus de rassembler tous les croyants comme des brebis autour de leur unique berger.

Doux et sensible, il fut touché par les critiques et les attaques de ces « loups », comme il les appelait, même s’il ne laissait rien paraître. Il avait cette certitude tranquille que celui qui ne dérange pas n’est pas attaqué ! Seuls les témoins de la vérité subissent des calomnies ; or, nous le savons, « témoin » se dit « martyr » en grec.

 

Éditions des Béatitudes : Quels sont les aspects de sa personnalité qui vous ont le plus aidée dans votre vie ? Qu’est-ce qui, chez lui, vous a le plus touchée et poussée à écrire cette neuvaine ?

J’ai été touchée par cet homme qui accepta le pontificat avec l’image d’une guillotine lui tombant sur le cou, tant il aspirait à une vie de discrétion et de prière dans le silence. Par cet homme qui prit le temps de jouer une sonate au piano en quittant son modeste appartement pour les ors du Vatican, le lendemain de son élection. Par cet homme qui raconta aux enfants ses souvenirs de petit garçon lors d’une audience.

Il était doux, timide, et on le croyait intransigeant. Il vibrait d’une fibre artistique et on le trouvait insensible. Il avait un sourire d’enfant et on le disait sévère. Quand il s’agissait de défendre la vérité dans l’Église, il ne ployait pas devant les compromissions ou les menaces, il tenait dur comme fer : « La Parole de Vérité de l’Évangile est la force de l’Église », disait-il (audience du 27/02/13). Mais quand il s’agissait de lui, il acceptait toutes les blessures, toutes les injustices, les yeux fixés sur l’Espérance du Ciel dont il vivait à travers l’Eucharistie.

Dans la culture de mort qui veut se répandre dans notre monde, Benoît XVI est un témoin de la Résurrection, un amoureux du Ciel ! Il nous invite à marcher sans peur et sans honte sur le chemin de la vérité, les yeux fixés sur Jésus « qui est, qui était et qui vient » : « En regardant en arrière, je vois et je comprends que même les parties sombres et pénibles de ce chemin ont été pour mon Salut et que c’est justement là que Dieu m’a bien guidé. […] Tenez bon dans la foi ! » (Testament spiriuel).

Mon souhait est que les lecteurs et les priants de cette neuvaine aient envie d’aller plus loin en redécouvrant les riches écrits qu’il nous a laissés, et puissent se dire : « Quel saint pape fut Benoît XVI ! »

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