Rencontre avec Bernard Bastian
Éditions des Béatitudes : Très jeune vous avez été attiré par l’occultisme, quelles en ont été les conséquences ?
Bernard Bastian : J’avais 16 ans. Une maladie infectieuse venait subitement de me priver de l’usage de mes jambes. Je me déplaçais donc en fauteuil roulant, ce qui au milieu des années 70 n’était pas très facile à vivre, vu que rien n’était encore aménagé pour les personnes handicapées physiques. J’avais l’impression d’être devenu un rebut de la société, que ma vie était terminée avant d’avoir commencé… Confronté au monde impitoyable des « gens valides », j’ai très vite compris que mon infériorité physique allait m’obliger, si je voulais me ranger parmi les forts, à développer d’autres aspects de ma personne. J’ai alors fait un sans faute au niveau scolaire afin d’être « plus » intelligent que les autres. Et j’ai découvert un univers spirituel puissant qui n’était pas la religion de mon enfance dont le Dieu m’avait lâché. L’homme qui m’y a introduit était membre d’une grande société de spiritisme. Avec lui comme guide, j’ai appris l’occultisme et ses nombreuses facettes avec un appétit féroce. Je pensais sérieusement qu’avec cette force venue de l’au-delà je dominerais le monde !
La première conséquence de ce grand changement dans ma vie, c’est qu’on m’a craint, que j’affrontais les responsables du Centre de rééducation avec aplomb et que je dérivais lentement vers l’orgueil de l’initié. Jusqu’au jour où l’un de mes amis d’enfance que je retrouvais tous les étés m’a dit : « mais pourquoi tu nous fais mal ? pourquoi tu nous prends pour des imbéciles ? »…!Cette interpellation m’a profondément remis en question.
Une conséquence plus lointaine fut que je ne pouvais plus considérer les relations humaines que comme des rapports de force dont je devais sortir gagnant. Cela m’a coûté très cher. En particulier, je ne parvenais pas à faire simplement confiance à quelqu’un, à croire en lui, en sa bonne volonté. Non, je m’efforçais au contraire de ne jamais baisser la garde et de paraître invulnérable afin d’impressionner mon interlocuteur au point qu’il en perde ses moyens…
Éditions des Béatitudes : Toutes les nouvelles spiritualités sont-elles dangereuses ?
Bernard Bastian : Je ne saurais l’affirmer comme ça. En revanche, face à une « nouvelle spiritualité », je me ferais très attentif à son discours, au vocabulaire récurrent, à ses objectifs et promesses, aux moyens à utiliser pour les atteindre. Je me demanderais aussi d’où elle vient, qui en est le fondateur et qu’a-t-il fondé d’autre ? Et puis, comme chrétien, je serais de fond vigilant à l’esprit qui se dégage de sa présentation : est-il en accord avec l’évangile de Jésus-Christ ou bien ça grince quelque part ?
Sans aller jusqu’à voir le mal partout, l’arnaque ou l’abus spirituel comme on dit aujourd’hui, je pense sincèrement qu’une spiritualité sans visage, reposant sur une transcendance impersonnelle et ne proposant que l’acquisition de pouvoirs illimités par participation à une Energie cosmique mal définie, est potentiellement dangereuse pour l’Homme. En effet, chez les chrétiens, il n’y a pas plus personnel, plus relationnel, plus Homme… que Dieu ! Et dès qu’on sort de là, on court le risque de déshumaniser soi-même et les autres.
Éditions des Béatitudes : Vous rencontrez de nombreuses personnes qui ont expérimenté ces choses-là, comment les aidez-vous à retrouver la paix ?
Bernard Bastian : En fait, ce qui rend les choses un peu compliquées dans un premier temps, c’est que beaucoup de ces personnes connaissent déjà une certaine paix. Mais c’est bien souvent une paix solitaire, celle de la relaxation, de l’état hypnotique, où l’on semble flotter dans une bulle de paix, coupé des autres, du monde qui nous entoure et même de soi-même et de ses soucis. Plus rien ne nous affecte, on est « au-delà ». Mais ce qui finit toujours par apparaître, après il est vrai une période assez satisfaisante, c’est que dans cette bulle il n’y a personne d’autre que moi, et encore, moi en état modifié de la conscience, donc un moi sans consistance, sans corps et surtout sans relation. C’est alors que la solitude devient insupportable et que le besoin de relation passe au premier plan jusqu’à la douleur, au cri qui va ouvrir au salut : « Jésus, aie pitié de moi ! ». Par toutes sortes de moyens, notre Communauté propose à ces chercheurs spirituels des chemins pour rencontrer Celui qui va les regarder, les aimer et les appeler par leur nom.