Rencontre avec père Jean-Charles Nicolleau, diocèse de Vannes
Éditions des Béatitudes : Le diocèse de Vannes a déjà mis en place de nombreux groupes de partage pour travailler la Bible avec la méthode du père Le Dorze. Pourriez-vous présenter en quelques lignes Marcel Le Dorze et son travail ?
P. Jean-Charles Nicolleau : Marcel Le Dorze (1919-2015), prêtre du diocèse de Vannes, rejoignit en 1946 les Missions Étrangères de Paris (MEP). Envoyé en Chine en 1948, il apprit la langue puis enseigna au grand séminaire de Chengtu. Expulsé de Chine en 1952, il fut envoyé au Japon. C’est là qu’il mit en place cet outil très précieux à destination des laïcs japonais.
Connaissant la situation minoritaire des catholiques au Japon, le père Marcel a perçu le besoin de créer un guide de lecture de la Bible pour permettre aux catéchumènes et aux laïcs baptisés, n’ayant pas spécialement de formation théologique ni exégétique, d’être accompagnés dans une première lecture d’ensemble de la Bible, selon la perspective de la Foi catholique.
Une plus ample présentation est disponible dans un article récent des MEP, ainsi qu’une biographie qui explique plus largement sa mission en Chine puis au Japon :
https://search.worldcat.org/fr/title/887474398?oclcNum=887474398
Un missionnaire breton en Extrême-Orient
Auteur: Marcel Le Dorze (Auteur)
Éditeur: Izatis communication, Questembert 2011.
Éditions des Béatitudes : Pourquoi avoir lancé des groupes dans le diocèse de Vannes ?
P. Jean-Charles Nicolleau : Plusieurs motifs ont convergé pour lancer ces groupes de lecture biblique suivie :
– Un contraste entre une déchristianisation (voire décatholicisation) accélérée ces dernières années et la soif de certains fidèles d’être davantage nourris de la Parole de Dieu, selon une approche spécifiquement catholique
– Le constat, lors de mon retour d’études en 2015, que, malgré une démarche synodale dans le diocèse de Vannes où notre évêque, Mgr Centène, nous avait exhortés à (re)lire les grands textes du Concile Vatican II, très peu de fidèles laïcs semblaient avoir pu bénéficier de cet apport (sur l’Église, la Liturgie, la Parole de Dieu, l’Apostolat et laïcs, la Mission, etc.)
– à partir de l’année suivante, 2016, ayant commencé à donner des cours d’initiation théologique à l’UCO-Bretagne Sud, sur le campus de Vannes-Arradon, affilié à l’UCO d’Angers, je me suis aperçu que l’immense majorité des étudiants concernés n’avait quasiment jamais lu la Bible de façon suivie et avait donc besoin d’une pédagogie spécifique pour entrer dans cette lecture.
– En bref, sachant que les propédeutes ou les novices des communautés religieuses ou nouvelles bénéficient d’une initiation biblique, pourquoi ne pas en proposer aussi une aux fidèles laïcs, même plus étalée dans le temps pour être plus accessible et « digeste » ?
Une rencontre décisive avec le p. Gabriel de Lépineau, MEP, partant pour Madagascar, peu avant son départ, m’ayant informé de l’existence du guide de lecture du p. Le Dorze, j’ai reçu cette proposition comme très providentielle, sachant que les deux frères, les p. Marcel et Jean Le Dorze étaient très appréciés dans le diocèse de Vannes, que cette méthode apparaissait comme déjà bien ancrée dans le paysage ecclésial local, cela semblait un moyen de grâce notable pour aider à étendre la transmission de la Parole de Dieu dans ce cadre, voire au-delà.
Éditions des Béatitudes : en quoi cette méthode est-elle adaptée au public français aujourd’hui ?
P. Jean-Charles Nicolleau : La proposition du p. Le Dorze est plus immédiatement adaptée pour des adultes, même si le rendre accessible aussi à des plus jeunes serait souhaitable.
Un renouvellement de la transmission de la foi en dépend certainement, comme en témoignent d’autres propositions telles que https://bibliapedia.fr/ (pour des scolaires).
L’un des grands avantages de cette méthode est d’essayer de suivre la pédagogie divine qui se dessine en suivant l’histoire du salut, essentiellement dans sa progression chronologique. Ceci permet d’éclairer bien des aspects difficiles à partir du texte biblique lui-même, sachant que très souvent, les difficultés sont éclairées au fil du récit par la mise en relation des événements successifs, par exemple, la question de l’endurcissement de Pharaon, en lisant attentivement le premier chapitre de l’Exode.
La présente version de ce guide propose plusieurs programmes de lecture accessibles soit pour les plus motivés (en 1 an), soit pour ceux qui préfèreraient prendre un peu plus leur temps (typiquement 2 ans et demi, 3 ans en comptant des pauses vacances).
La fréquence des rencontres en groupe est ajustable. Le p. Marcel recommandait des rencontres toutes les semaines pour un suivi de près.
Ceci ne doit être considéré ni comme obligatoire ni contraignant. Pour ma part, ayant entendu que cela risquait d’être perçu comme trop contraignant, j’ai proposé de démarrer un premier groupe à Malestroit, à l’automne 2018, pour un démarrage effectif début 2019 avec des mises en commun toutes les deux semaines, sans changer le programme de lecture, ce qui suppose donc une mise en commun une fois sur deux pour ne pas rallonger l’ensemble du parcours ni trop espacer les rencontres de groupe.
Mais il vaut mieux ne pas se laisser arrêter en cas d’indisponibilité ponctuelle. Ce n’est pas un problème de rater une séance de groupe de temps en temps, dans la mesure où la lecture personnelle à la maison est maintenue et si les autres participants peuvent aider les absents à garder le fil…
Éditions des Béatitudes : Est-il préférable de suivre cette méthode seul ou en groupe ?
P. Jean-Charles Nicolleau : Les 2, mon capitaine ! D’abord personnellement, sans quoi la méthode n’a pas tellement d’intérêt, mais le fait de se réunir en groupe est très précieux pour l’édification mutuelle des participants, y compris de prêtres ou d’animateurs formés. Car si la méthode est bien respectée, l’Esprit Saint pouvant parler par chaque participant, même ceux qui sont plus expérimentés peuvent être édifiés par le partage des frères et sœurs. Voici un extrait significatif du guide de lecture à ce sujet :
Le partage est le point essentiel et le trait caractéristique de ce genre de groupes bibliques…
On fait un tour de table. Chacun pourra s’exprimer librement pour dire ce qu’il aura trouvé dans sa lecture. On ne demande pas un résumé, ni un commentaire, ni une exhortation… Il suffit de dire tout simplement ce qu’on aura trouvé dans cette lecture, ce qui a frappé, ce qui est resté comme impression… Le temps étant forcément très limité, chacun devra se contenter de signaler 2 ou 3 choses jugées subjectivement les plus marquantes.
Il est nécessaire aussi que chaque participant puisse s’exprimer à tour de rôle (pendant environ 3 minutes), sans être interrompu, questionné, sans débat, au moins tant que chacun n’a pas eu l’occasion de s’exprimer et aussi pour veiller à limiter la durée des séances à environ 1h30, 2h grand maximum.
Partager en groupe est vivement recommandé pour bénéficier d’un soutien et de l’émulation par une mise en commun du fruit de la lecture priante personnelle. Un groupe peut démarrer en petit nombre, même s’il est recommandé de continuer à inviter des amis, des paroissiens, des voisins ou des proches, etc, pour le développer petit à petit.
Éditions des Béatitudes : un dernier mot pour tous les futurs lecteurs de la Bible qui voudraient se lancer dans cette aventure ?
P. Jean-Charles Nicolleau : Comme mot de fin, je souhaite à tous ceux qui oseront se lancer dans cette aventure de vivre ce qu’ont annoncé les prophètes Amos et Jérémie et saint Ephrem :
Am 8,11 Voici venir des jours – oracle du Seigneur Dieu –, où j’enverrai la famine sur la terre ; ce ne sera pas une faim de pain ni une soif d’eau, mais la faim et la soif d’entendre les paroles du Seigneur.
Jr 15,16 Quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais ; elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur, parce que ton nom était invoqué sur moi, Seigneur, Dieu de l’univers.
(Cf. aussi un commentaire de st Ephrem sur l’Évangile cité ce 6ème dimanche ordinaire à l’office des lectures : https://www.aelf.org/2024-02-11/romain/lectures)
et qu’ainsi, nous rassasiant de la Parole de Dieu, nous puissions à notre tour participer à sa fidèle transmission pour contribuer à en nourrir les autres…
Plus d’infos seront prochainement disponibles sur les sites :
https://vannes.catholique.fr/bible100semaines/ et https://jesus1.fr/bible-en-100-semaines/