Marie-Madeleine nous aide à nous accepter tel que nous sommes

Editions des Béatitudes :  Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Joël Pralong : J’ai suivi une formation d’infirmier en psychiatrie durant 5 ans puis des études de théologie et ce fut le temps de mon ordination sacerdotale. Durant ma première formation que j’ai suivi avec passion, j’ai touché aux limites de la médecine : celle-ci peut redonner la santé du corps et de l’âme, mais elle ne peut pas donner à l’humain une raison valable d’exister, un but transcendant au-delà de lui-même auquel se raccrocher, un but ultime à sa vie, qui se révèle dans son présent comme un visage d’amour, un dynamisme, une force intérieure, un authentique désir d’aimer ses semblables, sur le modèle des évangiles. Bien des dépressions aujourd’hui sont dites « existentielles », conséquence d’une lassitude de vivre, et qui poussent l’humain vers les dépendances : l’avoir, le pouvoir, la puissance, les plaisirs… des coups de chalumeau, mais qui, ensuite, plongent encore plus dans un sentiment de vide et de désespoir.La réponse à cette quête éperdue de sens qui taraude toute personne ne peut être que Dieu !

Commence alors un travail approfondi sur l’humain, sous toutes ses coutures, pour réunir ou réconcilier psychologie moderne, sciences humaines et spiritualité. Deux disciplines si éclairantes et complémentaires, qui à la fois tiennent compte de l’humain avec ses failles et ses limites, et l’appel des profondeurs, celui du Transcendant qui re-connecte l’être avec ses racines profondes, spirituelles, divines. Pour lui redonner la santé de la personne, que la théologie appel le salut.

Editions des Béatitudes :  Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Joël Pralong : J’ai choisi d’écrire ce livre dans la droite ligne de ce qui vient d’être dit. Marie-Madeleine, modèle d’une humanité blessée et en manque de sens et d’amour vrai donné et reçu, qui s’approche de la spiritualité (Jésus) avec son cœur en charpie parce qu’elle sait qu’elle va y trouver une réponse et une guérison. Sa confession, ce sont ses gestes, rappel de tant de relations érotisées (cf. Lc 7, la femme identifiée à Marie-Madeleine par la Tradition), son humanité qui se liquéfie comme un baume sur le Corps de Jésus qui, à son tour, sera lui-même jugée et brisé, parce qu’il a voulu rejoindre tous les brisés de la vie et ce qu’il y a de brisé et de mal aimé en nous. La psychologie peut nommer les causes de ses problèmes, du moins on peut les imaginer, et la spiritualité (Jésus) peut la rejoindre dans ce qui est en attente chez elle. Et faire de ses blessures d’authentiques chemins de compassion. Ainsi s’ouvre une mission. Trop souvent nous faisons le déni de notre humanité blessée pour être acceptés par les autres et même par ce Dieu que nous percevons souvent si mal, comme un juge qui se lit sur les jugements de nos semblables, alors que Marie-Madeleine a l’audace de faire fi de cette caricature. Elle peut parler à beaucoup d’entre nous aujourd’hui.
Editions des Béatitudes : A qui s’adresse t-il ?

Joël Pralong : Ce livre s’adresse vraiment à tout le monde, mais tout particulièrement à tous ceux et celles qui refoulent leurs désirs, qui font le déni de leur sexualité perçue comme dangereuse ou mauvaise, qui ont subi le viol, l’abus, le rejet, l’exclusion, qui vivent difficilement leur incarnation dans un corps mal ajusté à leur âme, qui imaginent que la religion méprise le corps et ses plaisirs…Et surtout à tous ceux et celles qui n’osent pas s’approcher du Corps du Christ, dans les sacrements de la réconciliation et de l’Eucharistie.

Editions des Béatitudes : Pourquoi avoir choisi la figure de Sainte Marie-Madeleine ?
Joël Pralong : On ne peut pas s’accepter soi-même si l’on se sent jugé par les autres et par Dieu. On a beau dire qu’il faut se détacher du regard des autres pour exister, mais nous avons besoin de ces regards pour confirmer qui nous sommes, nous avons besoin d’être reconnus, acceptés et aimés. Dieu nous aime inconditionnellement quelle que soit nos vies. En lui nous trouvons la force de croire en nous et de nous déplier de nos replis, de sortir de nos peurs et d’aller vers les autres. La miséricorde opère une véritable guérison de tout l’homme, du dedans et du dehors.
Editions des Béatitudes : La miséricorde est-elle une des clés pour apprendre à s’accepter soi-même ?
Joël Pralong : Ce livre est un vibrant plaidoyer en faveur de l’amour inconditionnel de Dieu. Et qui d’autre que Marie-Madeleine pouvait nous aider à sortir de ce faux moi qui nous emprisonne ? D’autres figures comme le Père Lataste ou Julien Green nous aideront dans ce cheminement car, au contact du Christ, le Moi authentique peut apparaître dans toute sa vérité et sa beauté. Marie-Madeleine a vibré de la joie d’être enfin elle-même, avec son passé houleux et terrifiant. Une vie nouvelle peut enfin commencer…

Aux lecteurs de découvrir comment une « femme légère » nous précède dans le Royaume, et de recevoir de cette femme de la miséricorde le secret pour devenir authentiquement saints. Car être saint, c’est être devenu pleinement soi-même.Moi ce qui me touche personnellement chez Marie-Madeleine c’est qu’elle ne renie rien de son humanité. On la voit dans le récit de Luc 7 dit « La femme pécheresse » (identifiée à Marie-Madeleine par la Tradition) : elle s’approche de Jésus avec des gestes qui frisent l’érotisme : elle dénoue ses cheveux, elle touche son corps, pleure sur ses jambes, les essuie avec ses cheveux, ce qui exaspère le pharisien Simon qui lui, se cache derrière une apparence de pureté. Bref, elle vient vers Jésus avec toute l’épaisseur de son humanité encore marquée des signes de ce que fut sa vie jusqu’à maintenant. Elle ne s’en cache pas. Elle a confiance. Elle est clairement cette femme légère en lente conversion. Elle ne se confesse pas en paroles, mais par ses gestes et par toute sa vie. Oui, Jésus nous reçoit tels que nous sommes. Pas besoin de faire le déni de nos problèmes ni de refouler les côtés mal aimés de notre personnalité. C’est la condition pour avancer : être vrai avec soi-même et avec ce Dieu qui ne juge jamais.

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