Ce livre est un cadeau, AJC

Ce livre est un cadeau, et, comme tout cadeau, un don gratuit. C’est en effet le mot de « grâce » qui me vient à l’esprit quand je pense au livre de sœur Sofie Hamring, Car aimer le peuple juif est une grâce, un don de Dieu, hélas trop peu répandu mais que les chrétiens de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, eux, sont nombreux à éprouver.
Or chaque page du livre déborde de cette grâce, qui coule comme une eau bienfaisante sur tous ceux qui voudront bien l’ouvrir. Poussée par «un élan du cœur», sœur Hamring dit avoir bu à grands traits «à la source qui a vivifié Jérusalem depuis le commencement», et en avoir été «fasciné » et «séduit».
Mais l’ «expérience bouleversante» qu’elle a alors vécue n’est pas une affaire de sentiments, même si c’est tout son être qui a été saisi par la rencontre en profondeur du judaïsme.
Envoyée à Jérusalem par la Supérieure de son couvent dominicain de Lund pour y reprendre des forces, la sœur Hamring y arriva dans un état de fatigue et de vide intérieur qui lui permit, comprit-elle par la suite, d’accueillir «la foi juive» et de se laisser emplir par l’autre, le peuple juif rencontré à Jérusalem, dans toute son altérité.
«Ne nous aimez pas trop!», lançait un jour le grand rabbin Gilles Bernheim à des chrétiens dont il craignait le trop grand désir de proximité.
L’amour de sœur Sofie pour Israël me paraît sur ce point exemplaire. La compréhension intime du judaïsme à laquelle les chabbat et les fêtes vécus au sein de familles juives lui ont permis de parvenir, la joie profonde éprouvée à goûter avec ses amis aux «délices» de la Torah, s’accompagnent d’un sens aigu de la différence et de la distance, qui seules permettent à l’autre d’être pleinement lui-même et reconnu pour ce qu’il est.
Mais son amour pour le peuple juif rencontré à Jérusalem ne l’empêche pas d’être sensible au sort des Palestiniens, comme à tous ceux qui font des choix différents du sien. Refusant de porter sur eux le moindre jugement, elle ne prononce que celui-ci: «Pour ma part, je choisissais de juger l’arbre à ses fruits».
Respectueuse de la différence juive, elle découvre avec émerveillement la profondeur de la relation à Dieu des Juifs qu’elle rencontre, et qu’il est «possible de communier intimement à Dieu sans confesser Jésus comme Messie». Fermement ancrée dans son adhésion au Christ, bousculée mais non déstabilisée dans sa foi chrétienne, elle comprend qu’«il n’est pas nécessaire de posséder toutes les réponses», et, avec jubilation, dans des pages où se mêlent poésie, citations de psaumes, de maîtres juifs ou chrétiens et réflexions personnelles, elle écrit, dans ce livre superbe, une véritable déclaration d’amour à Israël.
Laissons-nous inonder par cette grâce!
Jacqueline Cuche, AmitiéJudéo-Chrétienne de France, mai 2019.

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