Rencontre avec Fr. Thomas Joachim
Éditions des Béatitudes : Pourquoi l’ambition a-t-elle mauvaise presse chez les catholiques ?
Fr. Thomas Joachim : Parce qu’on insiste beaucoup sur l’humilité et on l’oppose au désir de grandeur. Mais en réalité les deux vont ensemble, et c’est le paradoxe de l’éthique chrétienne : Dieu nous appelle à la fois à de très grandes choses, il a de l’ambition pour nous et il aime que nous en ayons pour lui ; et en même temps, il ouvre un chemin qui passe par le service et l’humilité. La Vierge Marie l’a bien dit dans son magnificat, « Il élève les humbles » : on a ici les deux choses en une seule formule – la grandeur et la petitesse.
Éditions des Béatitudes : Quel lien faites-vous entre désir et ambition ?
Fr. Thomas Joachim : Toute ambition est une forme de désir, mais tout désir n’est pas ambitieux. On peut très bien ne désirer que des petites choses et vivre sans grandeur d’âme. L’ambition est un désir de grandeur. Comme telle, elle peut être légitime ou pas. Mais si elle est rectifiée selon le désir de Dieu sur nous, elle est une formidable énergie pour sa vie chrétienne et pour oser affronter les inévitables combats spirituels.
Éditions des Béatitudes : Notre ambition devrait-elle se convertir ?
Fr. Thomas Joachim : Oui, comme toutes les vertus et les passions humaines. L’ambition est une passion tonique. En soi, elle n’est ni bonne ni mauvaise. La conversion, au sens littéral, consiste à changer d’orientation. Au lieu d’orienter son ambition pour des choses futiles, on cherche à l’orienter vers la gloire de Dieu. Alors elle prend tout son sens. Cela ne veut pas dire qu’on ne puisse pas avoir de légitimes ambitions humaines (la grâce ne supprime pas la nature), mais il faut que toute notre vie humaine soit perméable au désir de Dieu sur nous. Tout doit pouvoir être assumé par lui. Alors tout prend sens, tout devient à l’image de Dieu, même les actions les plus banales de notre vie quotidienne.