Rencontre avec Gisèle Steffen
Éditions des Béatitudes : Pourquoi avoir eu envie d’écrire ce livre sur le sujet de la vie in utero ?
Au cours de mon activité comme sage-femme hospitalière, puis en libéral, j’ai rencontré un grand nombre de parents qui avaient reçu un diagnostic prénatal de malformation ou qui étaient confrontés à la mort prématurée de leur enfant in utéro ainsi que des mamans bouleversées par un test de grossesse positif. J’ai été témoin de très belles choses que j’ai voulu partager à un large public.
Peu préparés, ces femmes ou ces couples sont pris au dépourvu. S’ils n’ont comme soutien que des amis ou parents aussi démunis qu’eux, ils se résolvent souvent à accepter les solutions rapides que leur propose le corps médical. Ils ont rarement la possibilité d’écouter leur voix intérieure qui les conduirait peut-être à faire d’autres choix de vie. La spécificité de mon travail est de permettre aux femmes et aux couples de se « brancher » sur leur cœur profond et les encourager à respecter leurs intuitions.
Éditions des Béatitudes : À qui s’adresse-t-il ?
Ce livre s’adresse aux femmes ou aux couples qui ont vécu la perte d’un tout petit. Aux parents afin qu’ils prennent conscience de la valeur des semaines ou des mois que leur enfant a passé in utero. Aux maris et compagnons pour qu’ils comprennent ce qui se passe dans la tête et le cœur de leurs épouses ou compagnes quand elles sont enceintes ou confrontées à la perte d’un enfant. Aux grands-parents, parents et proches de la femme pour les encourager à écouter la détresse et accompagner ceux qui souffrent.
Il s’adresse à tous ceux qui s’intéressent au thème de la vie avant la naissance, qui se posent des questions sur la vie après la mort.
Éditions des Béatitudes : S’adresse-t-il également au corps médical ?
Oui, il met en valeur le rôle des sages-femmes, gynécologues-obstétriciens et autres membres du personnel des maternités et des consultations prénatales : chacune de leurs paroles est importante pour les parents en détresse ! Ils trouveront peut-être dans ces récits des impulsions nouvelles pour leur pratique de soins et d’accompagnement.
Éditions des Béatitudes : Dans votre ouvrage vous parlez de toutes sortes de situations côtoyées, sans une once de jugement. Comment tenir à la fois nos convictions et accueillir l’autre dans ses choix qui peuvent être différents des nôtres ?
Je ne connais pas de recette. Je crois que la vie est un cadeau. Croyante, je trouve réconfortant et dynamisant de me savoir désirée et aimée telle que je suis, dès avant ma conception et quelle que soit la situation dans laquelle je me trouve.
Je pense que mes « clientes » ne se sentent pas jugées puisqu’elles reviennent me voir après leur IVG alors qu’elles savaient que je n’approuvais pas cette pratique. Je fais confiance au cœur et à la raison de la personne qui se confie à moi. Mon rôle est de l’écouter, lui exprimer mon empathie, l’aider à analyser et comprendre son rôle dans la situation qui se présente à elle, et l’aider à assumer sa responsabilité.
Éditions des Béatitudes : Nous connaissons dans nos familles ou nos amis, des personnes qui ont fait une ou des fausses-couches et qui n’en parlent pas. Comment, vous qui avez connu ces situations, pouvons-nous les aider, les accompagner ? Comment réagir ? Faut-il forcer la parole ?
Si les personnes qui ont fait une fausse-couche n’en parlent pas, c’est probablement parce qu’elle ne se sentent pas autorisées à le faire. On remarque le ventre rond d’une femme enceinte, la poussette qui transporte un bébé ; le ventre redevenu plat et le bébé disparu, eux, passent inaperçus. Il est fréquent que les femmes qui font une première fausse-couche soient confrontées à ce sujet pour la première fois. Comme on en parle peu, elles sont persuadées que le sujet n’intéresse pas. Comme le médecin ou le compagnon leur répètent que ce n’est pas grave, elles essaient d’y croire. Elles ne veulent pas mettre inutilement leur voisinage dans l’embarras. Elles font leur propre censure. On ne peut pas forcer mais on peut ouvrir une porte qui permettra à la personne de parler.
Si la personne ressent un authentique intérêt de votre part et de l’empathie, elle parlera tout simplement de son vécu. Il n’est pas nécessaire de chercher des formules ou des mots qui essayeraient maladroitement de consoler. La femme et l’homme en deuil ont surtout besoin d’être écoutés.