Rencontre avec Mathilde François auteur de Les chemins creux

Éditions des Béatitudes : Dans un premier ouvrage sorti en 2019, vous avez livré votre propre témoignage sur la façon dont l’amour vous a permis de sortir de la logique de mort imprimée dans votre vie par la maltraitance. Pourquoi ce deuxième ouvrage ?

Mathilde François : C’est le Docteur Xavier Emmanuelli (co fondateur de Médecins Sans Frontières et fondateur du Samu Social) qui, comme il l’avait fait pour le premier livre, m’a encouragée puis convaincue d’écrire ce deuxième ouvrage, pour témoigner des souffrances des plus pauvres.

J’ai donc écrit ce livre comme une tribune pour les plus exclus des exclus. Pour que leurs histoires si bouleversantes qui méritent d’être connues soient amenées à la lumière. Par le récit de leurs chemins de vie, j’ai aussi voulu montrer que la misère la pire est vraiment celle du manque d’amour. Et que lorsque l’on se découvre aimé, alors on peut commencer à guérir.

C’est effectivement ce que j’ai vécu dans ma vie et c’est aussi ce que j’observe dans la vie de mes patients. C’est donc ce dont j’essaye de témoigner dans ce livre !

Une autre raison qui m’a poussée à l’écrire, a été que l’une de mes patientes, très chère à mon cœur, une jeune femme d’une vingtaine d’années, prostituée et alcoolique depuis l’âge de 12 ans, aveugle et séropositive, m’avait fait promettre de raconter sa vie dans un livre…

 

Éditions des Béatitudes : Comment avez-vous connu ces personnes dont vous retracez le parcours de vie dans votre livre?

M.F : Dans les pays où ma famille et moi avons habité ces dernières années, je travaillais comme praticienne en psychothérapie pour différentes ONG œuvrant auprès des plus pauvres.

C’est ainsi que j’ai pu rencontrer, côtoyer, estimer et parfois aussi accompagner des personnes vivant parfois des souffrances indicibles, dans des situations vraiment inimaginables.

 

Éditions des Béatitudes : Qu’avez-vous appris au contact de ces personnes dont vous livrez le témoignage ?

M.F : Au contact de ces personnes, en les accompagnant sur leurs chemins souvent très douloureux, j’ai pu constater que comme le dit si justement le Professeur Boris Cyrulnik, ce ne sont pas nos blessures qui comptent le plus, ni notre souffrance, ni notre passé, ni ses séquelles dans notre vie, c’est ce que l’on choisit d’en faire, aujourd’hui.

Et dès lors que l’on ne reste plus seul avec son malheur, dès lors qu’on arrive à le partager et que l’on se découvre aimé, il est possible de devenir heureux, malgré nos blessures.

Auprès de ces personnes, j’ai donc ressenti l’urgence qu’il y a à combattre l’indifférence de nos cœurs. L’urgence qu’il y a à ne pas laisser seuls ceux qui souffrent.

Le problème je crois n’est pas tant la souffrance, ni les événements malheureux, c’est de les porter seuls, sans personne avec qui les partager, c’est cela le vrai drame qui peut conduire au désespoir…

 

Éditions des Béatitudes : Que diriez-vous aujourd’hui à quelqu’un qui ne sait pas comment se relever de ses blessures, ou qui peut être tenté de désespérer de la vie ?

M.F : Je lui conseillerais d’abord de ne pas rester seul avec sa souffrance et de foncer trouver une personne bienveillante avec qui la partager.

Je lui dirais aussi que tout dans la vie peut devenir source de vie dès lors que l’on rencontre une main tendue…

« Notre histoire n’est pas un destin. Ce qui est écrit ne l’est pas pour longtemps. Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus demain… » rappelle Boris Cyrulnik!

[cookies]