Coup de coeur du CRIABD, interview

Interview de Jean Evesque

Le « coup de cœur » du jury du Prix Gabriel 2019 présenté par son auteur.

Jean Evesque signe à 47 ans son premier album de bande dessinée « Le mystère de l’icône cachée ». Cet auteur engagé aussi bien dans la vie civile que dans sa foi a accepté de nous présenter cet album qui nous a fait vibrer.

 Bonjour Jean Evesque, pourriez-vous vous présenter ?

Je suis né à Port de Bouc petite ville ouvrière près de Marseille dans une famille athée. Je n’étais pas baptisé enfant. J’ai fait mes études à l’école des beaux-arts de Marseille puis j’ai travaillé pour l’association « Arts et Développement » (inspirée des bibliothèques de rue d’ATD quart-monde) qui organisait des ateliers de peinture dans la rue des quartiers Nord de Marseille réputés les plus difficiles.

C’est lors d’une retraite fondamentale au foyer de charité de Châteauneuf de Galaure que j’ai compris ce que voulait dire « Bonne Nouvelle ».  Deux ans plus tard j’étais baptisé,  à  l’âge de 26 ans par le père André Gence (prêtre-peintre, co-fondateur d’A & D) dont l’enseignement et l’accompagnement m’ont redonné confiance en la vocation d’artiste. Ensuite je me suis marié et je suis maintenant père de 3 enfants.

Depuis 1996, j’interviens professionnellement comme artiste et éducateur spécialisé auprès des enfants, jeunes et adultes en difficultés et dans de multiples lieux (rue, institutions, foyers, prisons). Mon travail d’éducateur est très lié à mon expérience d’artiste. Je travaille avec la conviction que nous sommes tous appelés à être des poètes de notre existence !

C’est une phrase de Van Gogh dans une lettre à son frère qui m’a aidé à situer l’art au milieu des hommes : « Il n’y a rien de plus artistique que d’aimer les gens ».  Les premières années passées à accompagner des enfants sur des ateliers m’ont réconcilié avec une part de moi. J’ai redécouvert le sens de la gratuité et un modèle de liberté créatrice.

 Avez-vous une affinité particulière pour les icônes ?  

Jusqu’à 25 ans je n’avais jamais vu d’icône. J’ai découvert la prière agenouillée devant une simple icône éclairée d’une bougie. J’ai toujours eu une affection particulière pour l’icône de la trinité de Roublev. J’ai même été tenté un jour de devenir iconographe.  Mais ce n’est pas ma route !

En règle générale je suis assez économe concernant les représentations religieuses. J’aime le dépouillement de l’art roman. Je me sens bien quand il n’y a presque rien. Jésus nous dit : « Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu ».

Quel a été l’élément déclencheur qui vous a poussé à faire cette BD ? 

Quand j’ai commencé à travailler à la prison en 2008 j’ai été confronté à des vies d’hommes tellement incroyables même parfois terrifiantes que j’ai éprouvé la nécessité d’exprimer par des histoires toutes les émotions que j’imprimais. André Gence répétait lors de ses enseignements ceci : « Si tu imprimes mais que tu n’exprimes pas alors tu déprimes ». J’ai d’ailleurs eu un moment l’idée d’écrire ces histoires mais finalement je me suis rappelé que j’étais plus  dessinateur qu’écrivain. Il est certain que mon travail au sein de la maison d’arrêt a eu une influence sur mon album. Le fil conducteur de l’album est la quête du bonheur, rechercher la petite lumière de vie dans un système oppressant et en circuit fermé. C’est une forme de révélation pour Jean-Claude comme j’en ai parfois vu chez nos prisonniers.

Pourquoi l’adaptation de cet extrait du livre de Maria Winowska ?  

Je me suis mis à chercher un scénario. Je voulais que l’histoire raconte le trajet d’un homme, son changement intérieur, son arrachement à ce qui l’aliène ou le persécute. C’était ça mon intention. Quand j’ai découvert presque «par hasard» le livre de Maria Winowska «Du sang sur les mains» j’ai été touché par ces témoignages. Plusieurs avaient le potentiel pour une adaptation en BD et une force dans le message.  Maintenant je découvre que l’histoire de cette icône cachée est finalement celle qui résonne le plus avec mon histoire personnelle.

Au-delà du témoignage c’est aussi la structure du récit fait d’emboitements (effet «poupées russes») avec plusieurs narrateurs, ses flashbacks qui permettent de traverser différentes époques et ambiances qui représentait à mes yeux un défi intéressant à relever.

Comment vous y êtes-vous pris pour réaliser cet album ?

J’ai réalisé la BD en 4 ans en piochant dans mon temps libre. J’ai d’abord scénarisé l’extrait en veillant à être le plus fidèle au texte et à la structure du récit. Je me suis appliqué ensuite à être créatif et productif sur des temps relativement courts chaque jour (pour m’adapter au boulot et à la vie de famille).

Chaque fin de semaine, les croquis quotidiens étaient numérisés pour constituer une base dans laquelle je venais piocher pour ébaucher chaque page comme un collage.  Ensuite, je faisais de nombreux allers retours entre dessin et montage» numérique. La BD s’est construite comme un grand collage en strate que j’ai intégralement redessiné à la main sur table lumineuse. Pour chaque lieu ou temps, j’ai choisi une couleur que je décline en 2 ou 3 tons. Cela me permet de mettre en valeur le dessin en évitant de le charger.

Quelle a été votre démarche artistique ? 

Le dessin ou la peinture étaient jusqu’à ce projet pour moi un art muet, un art de ce qui est caché. Je n’avais pas de but. Le but c’était le chemin. Le choix de la BD comme moyen c’est avant tout un besoin d’aller vers, d’explorer un art «populaire , accessible, direct et surtout de raconter une histoire. Je ne considère pas la BD comme un moyen d’évangélisation mais comme tout autre art, une possibilité de rendre visible ou perceptible des choses invisibles, le mystère de l’être, de permettre éventuellement au saint Thomas que nous sommes parfois de toucher Dieu dans son mystère. De donner à voir que le monde est autrement plus beau que ce que l’on voit parfois.

Tout ce que l’on fait avec la main et le cœur manifeste quelque chose de l’amour de Dieu si l’on est authentique. J’essaie de mettre Dieu au centre de ma démarche, mais je me défends  de le confondre avec une idéologie. Je ne souhaite pas en faire la propagande mais « qu’ai-je à donner que je n’ai reçu!

Concrètement je souhaitais conduire le lecteur dans un questionnement intérieur. Ainsi, il a été très important pour moi d’instaurer une ambiance graphique propice à ce questionnement entre la pesanteur et la grâce. J’ai essayé de jouer en particulier dans le dessin avec les contrastes entre la douceur et la dureté. Certaines cases sont presque des ébauches alors que d’autres sont réalisées plus en finesse et en douceur.

Qui souhaitez-vous rejoindre à travers cet album et qu’aimeriez-vous que ces personnes retiennent ?

Je n’ai pas de cible mais j’ai une affection particulière pour ceux qui ne connaissent pas Dieu parce que personne ne leur a dit qui Il est. J’étais celui-là durant 25 ans mais aujourd’hui, Dieu a changé ma tristesse en joie. Pourtant, quand j’entends ce que dit Jésus « Ils ont des yeux et ne voient pas », je me sens autant interpelé que les autres. J’aimerais faire comprendre à mes lecteurs qu’il est important de rester disponible à quelque chose d’inattendu, de se laisser surprendre et remettre en question. En chaque personne se cache un explorateur qui peut découvrir de merveilleuses choses à l’extérieur mais aussi en soi.

Prévoyez-vous de réaliser d’autres albums ?

Oui, je travaille sur un second projet également inspiré du livre de Maria Winowska. Le titre provisoire est « Tchouma La Peste ». C’est l’histoire d’un jeune qui tourne mal mais qui va faire une rencontre qui va le transformer. Je vais m’appuyer sur le premier album « Le mystère de l’icône cachée » car il contient des tas de pistes graphiques et narratives que je souhaite développer un peu plus.

Interview réalisé par Héloïse Dautricourt, à l’occasion du Prix « Coup de Coeur » CRIABD 2019.

Site du CRIABD

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