Recension dans la revue NRT
Recension parue dans la NRT 148 / 3 (2026), page : 508
Dans un monde qui prône la performance et la résilience à tout prix, l’ouvrage de François Bal agit comme un baume évangélique d’une rare douceur. Fort de 40 ans d’engagement auprès de l’OCH et de Foi et Lumière, l’A. ne propose pas un manuel de réussite spirituelle, mais une théologie de la vulnérabilité. Le livre s’ouvre sur un constat lucide : nous connaissons tous des impasses ; qu’elles soient psychologiques (dépression), morales (secrets inavouables) ou physiques (handicap), ces situations nous murent dans une solitude radicale. L’auteur opère un retournement de perspective saisissant : l’impasse n’est pas le signe de l’absence de Dieu, mais le lieu même de sa manifestation. L’originalité de l’ouvrage réside dans son exégèse des rencontres personnelles de Jésus avec des pauvres et des malades ainsi que dans sa relecture de la Passion du Christ. Pour l’A., Jésus n’est pas « celui qui s’en sort », mais celui qui habite l’impasse par excellence à savoir la Croix. En choisissant de ne pas descendre du bois, le Christ rejoint l’homme là où il est cloué par ses propres limites. Dieu ne nous sort pas de l’impasse par le haut, il nous y rejoint par le bas (p. 40-41). S’appuyant sur la parabole du Bon Samaritain, l’A. invite le lecteur à une triple conversion. Il s’agit tout d’abord de se reconnaître blessé, c.-à-d. accepter d’être l’homme à demi-mort au bord du chemin avant de vouloir sauver le monde. Il invite ensuite à considérer l’Église comme une « hôtellerie » ; la communauté chrétienne est redéfinie comme un lieu de soin mutuel, une hôtellerie où la fragilité est la seule condition d’entrée. Enfin nous sommes invités à redécouvrir la fraternité du « peu » ; l’A. valorise ici les petits pas et la fidélité dans l’impuissance plutôt que les grands élans mystiques. Porté par un style fluide et des trad. bibliques d’une grande fraîcheur, ce livre est essentiel pour quiconque se sent « hors-jeu ». Un ouvrage indispensable pour transformer nos murs en chemins de rencontre. — C. Scrive f.m.j.
©NRT


