Article sur Aleteia
Un très bel article d’Étienne Méténier sur la peine de mort et la position de l’Église paru le 02/07/2026 sur le site Aleteia.
Si l’approfondissement doctrinal de l’Église sur la peine de mort a été long à aboutir, raconte le théologien Étienne Méténier, il n’a pris tout son sens qu’à travers ceux qui, chaque jour, ont marché au côté des condamnés dans les couloirs des prisons.
Longtemps perçue comme une institution farouchement attachée à la défense de la vie, l’Église catholique n’a pourtant pas toujours condamné la peine de mort. Son positionnement, aujourd’hui sans ambiguïté, est le résultat d’une évolution doctrinale lente, nourrie par les mutations politiques, sociales et théologiques de l’Occident chrétien.
Des débuts hésitants
Dans les premiers siècles, les communautés chrétiennes vivent en marge de l’Empire romain. Plusieurs Pères de l’Église, Tertullien, Origène, ou encore Lactance, expriment une méfiance profonde envers l’usage de la violence légale. Un document du IIIᵉ siècle va même jusqu’à interdire aux chrétiens d’exercer des fonctions impliquant une condamnation à mort. Mais cette ligne n’est pas unanime : d’autres admettent que l’État puisse recourir à la force pour maintenir l’ordre.
Le tournant s’opère avec la christianisation de l’Empire. À partir du Ve siècle, l’Église reconnaît à l’autorité civile le droit d’user de la peine capitale. Des figures majeures comme Augustin ou Thomas d’Aquin la justifient au nom du bien commun. Le concile de Trente au XVIe siècle entérine cette position et jusqu’au XIXᵉ siècle, les États pontificaux eux-mêmes disposent d’un bourreau officiel. La peine capitale est alors perçue comme un instrument de justice, non comme une contradiction avec la foi.
XXe siècle : une compréhension progressive
L’après-guerre marque un changement profond. Après l’immense violence de deux conflits mondiaux, face aux violences d’État dans de nombreuses dictatures et compte tenu des progrès des institutions pénales dans les démocraties, l’Église actualise sa doctrine morale. En 1995, dans Evangelium Vitae (n. 56), Jean-Paul II affirme que les cas de nécessité absolue, où la mesure extrême de la peine de mort ne pourrait être évitée sont « pratiquement inexistants ». Le Catéchisme de 1992 (§ 2267) est alors adapté une première fois en 1997. Benoît XVI s’exprime aussi sur le sujet.
« La peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne. » François, Discours aux Participants à la Rencontre organisée par le Conseil Pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation, 11 octobre 2017
Sous le pontificat du pape François, le Catéchisme (n. 2267) est de nouveau modifié par un rescrit (acte magistériel) : la peine de mort est « inhumaine » et « blesse la dignité personnelle », car elle enlève définitivement au coupable la possibilité de se repentir. La vie humaine est tellement attaquée en tant de domaines, que l’Église se doit de témoigner de la valeur absolue (car reçue d’un plus grand que nous) de tout être, et s’engage désormais dans l’abolition universelle de la peine de mort. Mais si l’évolution doctrinale de l’Église est décisive, elle ne prend tout son sens qu’à travers ceux qui, chaque jour, marchent dans les couloirs des prisons.
Au cœur du combat pour la dignité
Les aumôniers sont les témoins les plus directs de cette transformation. Leur présence, souvent discrète, parfois incomprise, dans les prisons devient l’un des lieux où la position de l’Église sur la peine de mort prend tout son sens et devient une réalité vécue. Dans les pays où la peine capitale est en vigueur, les aumôniers sont parfois les derniers visages que les condamnés voient avant l’exécution. Ils deviennent alors les gardiens d’une vérité simple : aucune faute si grave, si effroyable soit-elle n’efface la dignité d’un être humain.
Le couloir de la mort
Son témoignage s’élargit aux « victimes collatérales » des « meurtres d’État » : familles des condamnés, personnels chargés des exécutions, témoins traumatisés, ainsi que familles des victimes, dont la souffrance ne disparaît pas avec la mise à mort. Il interroge enfin une société qui « préfère tuer plutôt que soigner » des personnes psychiquement fragiles, souvent privées d’un accès aux soins, et où les armes restent en vente libre. Un récit puissant et urgent, dans un monde marqué par des violences systémiques croissantes.
Article à retrouver ici : L’Église et la peine de mort : une opposition récente ?

